Défilé du 14 juillet, salon Eurosatory historique, intérêt croissant des investisseurs… L’industrie de défense et de sécurité terrestre et aéroterrestre connaît une transformation profonde de son image. Longtemps perçue comme un secteur à part, il est aujourd’hui davantage reconnu comme un pilier de souveraineté, une industrie d’innovation et une filière créatrice d’opportunités professionnelles. Delphine Sampic, directrice corporate de la communication, et Julia Lemonnier, responsable attractivité et RSE au GICAT*, analysent cette évolution.
Observe-t-on aujourd’hui un changement de regard sur l’industrie de défense ?
Delphine Sampic : Oui, nous assistons à une évolution profonde du regard porté sur nos industries. Cette nouvelle perception est liée à une prise de conscience collective : un pays doit disposer d’une capacité industrielle solide pour garantir sa souveraineté.
Par exemple, au salon du Bourget, sur le pavillon de nos adhérents, les questions du public n’étaient plus d’ordre éthique. Elles portaient sur leurs capacités industrielles : « Sommes-nous prêts ? Avons-nous suffisamment de stocks ? Sommes-nous capables de produire davantage ? ». C’est un changement majeur.
« Eurosatory a enregistré une fréquentation historique »
Cette évolution s’est également traduite lors d’Eurosatory, qui a enregistré une fréquentation historique avec près de 60 000 visiteurs (contre 42 000 en 2024), 2 600 exposants issus de 60 pays et 440 délégations officielles. La défense est aujourd’hui davantage perçue comme une industrie utile, innovante et indispensable à la protection collective.
Cela se traduit-il aussi par un regain d’intérêt pour les métiers du secteur ?
Julia Lemonnier : Oui, et c’est un enjeu majeur pour accompagner la montée en puissance de la filière. Nos entreprises adhérentes emploient 55 000 personnes et recrutent du CAP au Bac+6 et valorisent largement les compétences transférables.
Nous constatons de nombreuses reconversions réussies, notamment de femmes issues de métiers très différents. Je pense par exemple à une ancienne professionnelle de la joaillerie qui participe désormais à l’assemblage d’équipements de haute technologie pour la défense. Des profils issus de la coiffure ou de l’esthétique trouvent également leur place dans des métiers industriels comme la soudure grâce à leur maîtrise du geste, de la précision et du travail minutieux.
Ce sont des messages que nous portons tout au long de l’année pour faire connaître la diversité des opportunités offertes par la filière.
« De nouveaux profils trouvent leur place dans nos entreprises »
À Eurosatory, la « Tente des métiers » a accueilli cette année 4 000 visiteurs, dont 3 000 étudiants et 1 000 demandeurs d’emploi mobilisés en amont. Plus de 500 entretiens de recrutement formels ont été réalisés. La défense est de plus en plus perçue comme un secteur d’opportunités pour celles et ceux qui souhaitent construire leur avenir professionnel dans l’industrie.
Cette nouvelle perception se traduit-elle aussi auprès des financeurs ?
Delphine Sampic : Les lignes évoluent rapidement. Le travail de pédagogie mené ces dernières années auprès des décideurs publics, des parlementaires et des acteurs financiers a permis de mieux faire comprendre les spécificités de notre industrie.
Cette évolution se traduit également au niveau européen, avec un changement progressif de regard dans les cadres extra-financiers, notamment autour de la taxonomie, qui devrait faciliter l’accès au financement pour nos PME et ETI.
La défense n’est plus considérée uniquement sous l’angle des risques, notamment en matière d’image. Elle est désormais reconnue comme un investissement nécessaire pour renforcer notre sécurité et notre autonomie stratégique.
« Sur le financement, les lignes évoluent rapidement »
Julia Lemonnier : Pour la première fois cette année sur Eurosatory, nous avons accueilli un pôle financier structuré réunissant banques et investisseurs. Nous avons également accompagné une trentaine de délégations d’acteurs financiers venus rencontrer directement nos industriels.
Nos entreprises démontrent aussi que performance industrielle et responsabilité vont de pair. Engagées dans des démarches RSE structurées, elles répondent aux attentes croissantes des investisseurs en matière de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Innovation, maîtrise de l’impact environnemental, développement des compétences et ancrage territorial sont autant de leviers qui renforcent aujourd’hui l’attractivité de la filière.

Delphine Sampic (Directrice corporate de la communication) et Julia Lemonnier (Responsable Attractivité et RSE) au GICAT
Présenté par Frédéric Gonand, économiste à l’Université Paris-Dauphine et Conseiller économique à l’UIMM, ce décryptage analyse la soutenabilité des dettes publiques à l’échelle globale et dresse un panorama des fragilités financières en Europe, aux États-Unis et en Chine.
Des trajectoires budgétaires nationales polarisées
Au premier trimestre 2026, la dette publique française a franchi la barre des 117 % du PIB, frôlant son plus haut historique. L’analyse révèle des stratégies nationales profondément divergentes depuis vingt ans :
- L’Allemagne : grâce au verrou constitutionnel de son dispositif de frein à la dette, elle maintient un niveau stable.
- La France et les États-Unis : la France a doublé son endettement en vingt ans ; les États-Unis dépassent eux aussi largement les 100 % de PIB.
- La Chine : ses données officielles restent opaques et sous-estimées selon le FMI, mais sa spécificité réside dans son rôle de créancier mondial.
Cette étude comparative rappelle que la dépense publique ne garantit pas la croissance : sur vingt ans, l’Allemagne a subi les mêmes chocs que la France sans souffrir d’un chômage plus élevé, tout en affichant des gains de productivité supérieurs.
La zone euro et le défi de l’ajustement
La zone euro présente une fragilité structurelle unique : elle associe une monnaie unique à 27 politiques budgétaires nationales distinctes. Cette architecture expose directement les banques nationales aux dettes de leur propre État, créant un risque d’effet domino en cas de dérapage, à l’image de la crise grecque des années 2010.
Sans inflexion politique majeure, les projections indiquent que :
- La dette française atteindra 180 % du PIB d’ici 2040.
- Stabiliser simplement la dette française et américaine imposerait un ajustement budgétaire structurel primaire colossal de 4 à 5 points de PIB, un effort sans précédent dans l’histoire de France.
Entre pénurie d’actifs sûrs et piège des créances chinoises
Pour comprendre pourquoi les marchés continuent de financer la France et les États-Unis malgré ces chiffres, l’économiste invoque le marché mondial des actifs financiers sûrs. Depuis 2010, l’offre de titres jugés totalement sûrs a diminué (les dettes italienne et espagnole ayant perdu ce statut), tandis que la demande globale d’épargne reste immense. Cette asymétrie soutient la confiance, bien que celle-ci reste réversible à tout moment, comme l’a prouvé la crise de confiance au Royaume-Uni en novembre 2022.
Enfin, l’analyse pointe la situation de la Chine. Devenue un créancier majeur des pays en développement dans les années 2010 (800 milliards de dollars de prêts), Pékin a ciblé des États producteurs de matières premières (Angola, Zambie, Sri Lanka) à travers des contrats stricts, seniorisés et collatéralisés sur des infrastructures physiques (comme le port de Colombo au Sri Lanka).
Aujourd’hui, sous l’effet du Covid-19, de la fluctuation des matières premières et de la guerre en Ukraine, la qualité de ce portefeuille s’est dégradée au rang d’obligations pourries (junk bonds). Avec des débiteurs en faillite comme la Zambie en 2024 et un marché immobilier intérieur en crise, le système bancaire chinois se retrouve lourdement pénalisé par des restructurations de dettes qui s’annoncent longues et coûteuses.
La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) est aujourd’hui au cœur des enjeux industriels. Face à l’évolution rapide des attentes environnementales, sociales et réglementaires, les industriels doivent repenser leur stratégie pour rester compétitifs et attractifs.
La RSE, vue sous l’angle de la performance globale industrielle à l’UIMM, permet non seulement de répondre aux exigences des marchés et des investisseurs, mais aussi de se différencier, d’attirer les talents et de garantir la conformité aux nouvelles normes (effets cascade sur la chaine d’approvisionnement de la CSRD, du devoir de vigilance, etc.). La démarche RSE UIMM « + Engagés + Performants » rend l’engagement accessible et structuré, quel que soit le niveau de maturité ou la taille de l’entreprise. Adopter une démarche RSE adaptée, c’est transformer les contraintes en opportunités et sécuriser l’avenir de son activité industrielle.
La démarche RSE UIMM « + Engagés + Performants » : vision et spécificités
Pensée pour les TPE/PME industrielles, cette démarche se distingue par son pragmatisme et son alignement avec les réalités de terrain. Le référentiel conçu par l’UIMM, rendant lisibles les enjeux RSE traduits en langage industriel, est concret, opérationnel et adapté aux structures disposant de ressources internes limitées.
Les 5 piliers du référentiel UIMM
- Gouvernance et stratégie : pilotage, vision, prise de décision, valeurs…
- Social et RH : conditions de travail, sécurité, gestion des compétences, égalité…
- Production et impact environnemental : maîtrise des flux, consommation énergétique, adaptation au changement climatique, gestion des déchets…
- Produits, services et marchés : innovation durable, éco-conception, nouveaux modèles, éthique des affaires…
- Écosystème : relations avec clients, fournisseurs, territoires…
Chaque entreprise peut ainsi évaluer son niveau de maturité et construire sa feuille de route sur mesure.
La Charte d’engagement RSE UIMM : les 3 étapes pour passer à l’action
La Charte RSE est le premier niveau d’engagement. Elle repose sur une évaluation terrain menée par un conseiller RSE UIMM certifié.
Les étapes :
- Evaluation sur site avec l’équipe dirigeante
- Plan d’actions prioritaires de l’entreprise
- Remise d’un rapport et de la Charte, valable 3 ans, avec un suivi à mi-parcours
Le Label RSE UIMM pour structurer durablement votre engagement
Pour les entreprises souhaitant aller plus loin, le label RSE UIMM constitue une étape stratégique. Ce label offre une reconnaissance officielle, vérifiée sur le terrain par un Organisme Tiers Indépendant (OTI), garantissant la crédibilité de votre démarche.
La vérification, par l’analyse de preuves, s’appuie sur une évaluation approfondie, des indicateurs de performance et l’engagement dans un plan d’action d’amélioration visant les enjeux prioritaires de l’entreprise.
Ce label se décline en 4 niveaux, concrétisés en 4 types de médaille :
- Bronze
- Argent
- Or
- Platine
Le label est valable 3 ans avec une vérification de surveillance à mi-parcours. Il atteste du niveau d’intégration de la RSE et constitue un argument fort dans les appels d’offres ou les demandes de financement.

Impacts sur la conformité et les marchés
La démarche RSE de l’UIMM facilitent la valorisation de son engagement RSE et la production de rapports RSE répondant aux attentes de leurs parties prenantes. Ils renforcent la position de l’entreprise dans un marché de plus en plus exigeant.
Un accompagnement de proximité
Avec plus de 150 conseillers RSE référencés sur le territoire, l’UIMM offre un accompagnement individualisé :
- Évaluation et structuration de la démarche
- Clubs RSE territoriaux pour partager les pratiques d’entreprise valorisables
- Formations via l’École UIMM RSE pour former des référents internes
Le rôle des référents internes
Formés à l’École RSE, les référents deviennent des relais internes de la transformation, capables de mobiliser les équipes et de piloter la démarche dans la durée.
Les bénéfices concrets pour l’entreprise
- Outil de pilotage renforcé : gestion des risques, conformité, anticipation
- Marque employeur attractive : recrutement, engagement, fidélité
- Levier commercial : différenciation, crédibilité
- Accès à des financements : subventions, aides à l’innovation
- Dynamique d’innovation : éco-conception, valorisation des pratiques
« La RSE est un levier de confiance pour nos clients et un argument de différenciation. »
Vos questions, nos réponses
La démarche est-elle applicable aux petites et moyennes entreprises ? Oui, elle est conçue spécialement pour les TPE/PME mais peut répondre à des attentes de plus grandes entreprises.
Faut-il commencer par la Charte pour accéder au Label ? Non, la Charte est recommandée mais pas obligatoire.
Quel est le rôle du conseiller RSE ? Il accompagne sur le terrain, conduit les évaluations dans le cadre de la Charte et aide à l’autoévaluation dans le cadre du Label, à structurer le plan d’action et à suivre la progression.
Est-ce compatible avec d’autres systèmes (ISO, EcoVadis…) ? La démarche RSE de l’UIMM est en cohérence avec l’ISO 26000 et la norme VSME de l’EFRAG. Elle peut également être complémentaire avec d’autres standards ou en faciliter la mise en œuvre.
Qui réalise la vérification pour l’obtention du label RSE UIMM ? La vérification de l’évaluation de l’entreprise est réalisée par un organisme tiers indépendant (OTI). Cet OTI contractualisant avec l’entreprise, intervient selon le programme de vérification défini par l’UIMM et applique les exigences de la norme ISO/IEC 17029. 2 OTI sont à ce jour signataires d’une convention de partenariat avec l’UIMM : IMPACCCT et SOCOTEC.
Est-il possible de former un référent RSE en interne ? Oui, l’UIMM propose une certification via son École UIMM RSE. Le parcours de formation, déployé par les Pôles formation, permet à un collaborateur d’acquérir les compétences nécessaires pour piloter la démarche RSE de l’UIMM au sein de l’entreprise. Il s’inscrit pleinement dans le cadre du Label RSE UIMM, et renforce l’autonomie et la continuité de l’engagement.
Les jeunes Français travaillent-ils moins que leurs voisins européens ? Derrière cette question se dessinent des enjeux de compétitivité, de formation et d’insertion professionnelle. Dans son étude publiée en juillet 2026, La quantité de travail des jeunes : mesure, enjeux et leviers, Olivier Redoulès et Célestin Gancel économistes l’institut Rexecode apportent des éléments de réponse. Trois graphiques permettent d’en comprendre les principaux constats.
880 000 jeunes hors radars
Le premier point d’alerte concerne les NEETs. Selon l’étude de l’institut Rexecode, 11 % de la classe d’âge des 15-24 ans ne sont aujourd’hui ni en emploi, ni en études, ni en formation. Ce volume massif place la France au 4e rang des pays de l’Union européenne où ce taux est le plus élevé.
Rexecode explique ce décrochage par les défaillances d’un système éducatif qui peinerait à corriger les inégalités socio-économiques dès le niveau primaire et échoue dans l’orientation, générant des sorties précoces du parcours scolaire et une exclusion durable de l’emploi.
Temps de travail : le grand fossé
En corrélation directe avec cette exclusion, le rapport de Rexecode met en lumière un autre de nos indicateurs critiques : le volume annuel moyen de travail des 15-24 ans plafonne à seulement 526 heures en France, contre 746 heures en Allemagne. Un déficit de près de 30 % face à notre principal partenaire économique.
L’institut attribue ce décalage à l’insertion particulièrement tardive des jeunes Français sur le marché du travail (taux d’emploi de 35 %). Bien que la part des jeunes en études soit similaire à la moyenne européenne (72 %), l’Hexagone cumule une forte proportion de NEETs et un très faible cumul emploi-études.
Un cloisonnement études-emploi tenace
Ce déficit d’activité s’expliquerait également par un cloisonnement marqué entre cursus académique et monde professionnel. En France, selon les données d’Eurostat, à peine 24 % des étudiants exercent une activité rémunérée parallèlement à leur cursus universitaire.
Pour les potentielles raisons, Rexecode souligne un recours très faible au temps partiel (7 % contre 52 % aux Pays-Bas), freiné par le plancher légal de 24 heures hebdomadaires qui pèse sur les employeurs, ainsi que par un manque de valorisation académique, comme l’absence de reconnaissance de ces activités par des crédits ECTS.
Aller plus loin : les recommandations de Rexecode pour renforcer l’emploi des jeunes
Au-delà du constat, l’étude de Rexecode formule plusieurs recommandations visant à favoriser une entrée plus précoce des jeunes dans l’emploi, à développer les passerelles entre études et activité professionnelle et à lever les freins réglementaires identifiés.
Elle revient également sur les leviers susceptibles d’améliorer durablement l’insertion des nouvelles générations et de renforcer le potentiel de croissance de l’économie française.
Le pilier « Écosystème de l’entreprise » de la démarche + Engagés + Performants invite les acteurs industriels à tisser des liens durables avec leur territoire. En structurant leurs relations avec leurs partenaires économiques, financiers et locaux autour des enjeux de la démarche RSE UIMM, les entreprises initient une création de valeur partagée ancrée dans leur territoire. Trois dirigeants témoignent de la façon dont ce pilier irrigue leur performance au quotidien.
Ce pilier, qui fait partie intégrante du référentiel RSE de l’UIMM, guide les entreprises industrielles autour de 5 enjeux :
- Pratiquer les achats responsables
- Faire du numérique un facteur d’efficience
- Optimiser le transport et la logistique industriels
- Interagir avec son écosystème industriel
- Interagir avec son écosystème autre qu’industriel (territorial, réseaux professionnels, écoles, collectivités…)
S’engager avec ses parties prenantes ? Ils l’ont fait !
Découvrez les actions concrètes et les retours d’expérience des entreprises engagées dans la démarche RSE de l’UIMM pour dynamiser leur écosystème :
- Optimiser la chaîne de valeur via des critères environnementaux stricts (Groupe SNIC Technologies) : confronté au fait que ses fournisseurs pèsent pour plus de 70 % de ses émissions globales, ce groupe a limité les plastiques à usage unique et standardisé les emballages réutilisables. En y associant une charte éthique commune, l’entreprise a fait grimper la part de ses sous-traitants officiellement engagés en RSE de 10 % à plus de 30 % en trois ans.
- Allier investissements numériques et synergies locales (Maison Le Marquier) : ce fabricant modernise ses ateliers avec des lasers et des bras de levage pour générer des économies de rejets tout en améliorant le confort de travail. Pour accentuer cet ancrage territorial, la société privilégie systématiquement la sous-traitance de proximité et s’implique activement dans les réseaux régionaux.
- Transformer les indicateurs RSE en leviers de financement (entreprise Serinox) : spécialisée dans la chaudronnerie, l’entreprise intègre systématiquement son bilan carbone certifié et ses données énergétiques dans ses réponses aux appels d’offres. Cette transparence lui permet non seulement de rassurer ses clients, mais aussi de valider ses audits de levées de fonds et de décrocher des crédits bancaires bonifiés.
Présenté par Frédéric Gonand, économiste à l’Université Paris-Dauphine et Conseiller économique à l’UIMM, ce décryptage analyse un sujet de santé publique devenu un véritable enjeu macroéconomique : la santé mentale des salariés. L’analyse confronte la hausse globale des troubles anxio-dépressifs aux réalités de la productivité des entreprises et propose des pistes d’action pour préserver le capital humain, en particulier chez les jeunes.
Un phénomène global et sociétal aux portes des entreprises
L’analyse pose d’emblée un constat chiffré saisissant : les troubles de la santé mentale touchent aujourd’hui environ 20 % de la population dans les pays de l’OCDE. Parmi les cas recensés, les troubles anxieux prédominent largement (40 % des situations), suivis des troubles dépressifs (20 %) et des addictions à diverses substances (17 %). La France se situe d’ailleurs dans la moyenne haute des pays les plus impactés.
L’économiste tord le cou à une idée reçue : non, ces troubles ne sont pas statistiquement corrélés à des rythmes de travail effrénés ou à des conditions dégradées, puisque des pays aux cultures de travail intensives comme le Japon ou la Corée affichent des taux de prévalence inférieurs. Il s’agit d’une tendance de fond, accentuée par la crise du Covid-19 : la prévalence de l’anxiété dans l’UE est ainsi passée de 5,7 % en 2019 à 8 % en 2023. Si la population générale est globalement revenue aux niveaux d’avant-pandémie, le point de vigilance absolu se concentre désormais sur les jeunes de 15 à 30 ans, chez qui les courbes de détresse psychologique ne cessent de progresser depuis le milieu des années 2010.
Le coût macroéconomique de la détresse psychologique
Bien que l’impact individuel d’un trouble psychologique léger puisse sembler feutré, la généralisation du phénomène engendre des conséquences lourdes sur l’appareil productif. À l’échelle d’un salarié, la perte de productivité moyenne est évaluée à 54 minutes par semaine (soit une baisse de 2 à 3 %). Multipliée par le nombre de collaborateurs concernés, cette baisse diffuse de performance – qui se traduit par de l’absentéisme, du présentéisme ou une baisse de participation au marché du travail – ampute le PIB européen de 1,7 %.
Dans le secteur industriel, l’analyse identifie deux facteurs de tension psychologique spécifiques :
- la concurrence internationale : la pression des importateurs étrangers sur le marché national génère une anxiété mesurable chez les salariés, inquiets pour la pérennité de leur outil de travail et de leur emploi.
- la transition technologique et la robotisation : si l’automatisation élimine les tâches répétitives et accroît la compétitivité (à l’instar du modèle industriel allemand), elle alimente, en l’absence de pédagogie, la peur du déclassement et du remplacement chez les travailleurs peu qualifiés ou proches de la retraite.
Repenser l’accompagnement et cibler la jeunesse
Face à ce constat, l’économie de la santé offre des perspectives encourageantes. Des modélisations académiques démontrent que l’action publique ciblée offre un retour sur investissement macroéconomique majeur. La feuille de route esquissée par l’économiste repose sur un ciblage stratégique :
- prioriser une prise en charge précoce des 16-25 ans : traiter systématiquement les troubles chez les jeunes permettrait de booster la consommation globale de 1 % à long terme en évitant que ces pathologies ne s’enracinent à l’âge adulte.
- développer un suivi psychologique simple au travail : l’accès à des consultations régulières (non médicamenteuses) s’avère être une dépense hautement rentable pour l’entreprise et la société afin de redresser la courbe de productivité.
- clarifier le rôle des financeurs : si l’employeur a tout intérêt à se saisir du sujet pour la performance de ses équipes, les entreprises ne doivent pas en être les principaux contributeurs financiers, la santé mentale relevant avant tout de la solidarité nationale et des politiques publiques de santé.
À l’approche des WorldSkills Shanghai 2026, l’équipe de France des métiers se prépare. Parmi ces talents, les compétiteurs industriels ont relevé un premier défi de taille : expliquer leur métier en 30 secondes chrono. Mission réussie (ou presque) ! L’occasion de rencontrer des professionnels passionnés et découvrir des métiers tout aussi passionnants.
Alexandre – l’intégration robotique : donner du mouvement à la technologie
À 25 ans, Alexandre est fasciné par l’évolution constante des technologies. Son métier consiste à programmer des robots articulés en six axes, comparables à un bras humain, capables d’automatiser des tâches complexes comme l’emballage.
- Sa mission : augmenter la productivité tout en facilitant la vie et la sécurité des opérateurs sur le terrain.
Alexis – la fabrication additive : de l’idée à la matière
Pour Alexis, 21 ans, le futur s’écrit en trois dimensions. Travaillant pour des secteurs aussi variés que le médical, l’automobile ou l’aéronautique, il conçoit des pièces de bout en bout.
- Sa mission : modéliser une pièce sur logiciel avant de lui donner vie, couche par couche, grâce à l’impression 3D.
Axel – la maintenance aéronautique : faire voler des géants
Remettre en vol des machines complexes après une défaillance, c’est le défi quotidien d’Axel. Son métier exige une polyvalence absolue à travers trois grandes spécialités : la structure (la carlingue), l’avionique (l’électrique et l’électronique) et les systèmes (moteurs, trains d’atterrissage).
- Sa mission : assurer la sécurité et la fiabilité des appareils.
Julien – le tournage : l’art de la précision millimétrée
Julien transforme la matière brute en composants essentiels. En installant des blocs de métal dans un tour à commande numérique, il retire de la matière avec des outils coupants pour obtenir une pièce finie.
- Sa mission : Fabriquer des pièces de haute précision destinées à des secteurs de pointe comme l’aéronautique, le nucléaire ou le médical.
Quentin – la maintenance industrielle : la médecine généraliste de l’industrie
Mécanique, électricité, usinage, pneumatique… Quentin intervient dans tous les domaines. Face à des systèmes en constante évolution, chaque journée est une occasion d’apprendre.
- Sa mission : Trouver l’origine des pannes et y pallier pour assurer la continuité de production.
Raphaël – CAO – Ingénierie Mécanique : Créer sans limites
Raphaël donne le premier élan à l’innovation. En analysant les besoins des clients, il conçoit des systèmes complets, qu’il s’agisse d’un objet du quotidien, d’un avion ou d’une fusée, puis réalise les plans 3D nécessaires à leur fabrication.
- Sa mission : Traduire un besoin en concept technique fabricable.
« Choisir de faire », une nouvelle signature pour donner envie aux jeunes de rejoindre l’industrie
Ces témoignages des compétiteurs “industrie” de l’équipe WorldSkills Shanghai 2026 s’inscrivent dans le cadre de la campagne « Choisir de faire ». Elle est destinée à valoriser les métiers industriels et techniques auprès des jeunes. Elle montre une industrie synonyme de créativité, de haute technologie et de sens. Retrouvez cette campagne sur le compte Instagram de l’UIMM.

Julien Bajolet est formateur au Pôle formation UIMM de l’Ain et expert mondial WorldSkills en fabrication additive. Coach de Raphaël Criado, médaillé d’argent lors de la compétition Lyon 2024, il revient sur les coulisses de cette aventure humaine et technique, et livre sa vision d’un secteur industriel en pleine mutation.
En quoi consiste concrètement votre rôle d’expert métier pour les WorldSkills ?
Mon rôle s’articule autour de deux grandes missions. La première consiste à accompagner, entraîner et coacher le jeune qui représente la France sur les compétitions internationales. Ensuite, j’ai une casquette de juré mondial : lors des épreuves, chaque expert note l’ensemble des compétiteurs des autres pays, dans un cadre strict d’équité et d’impartialité, puisque tous travaillent sur les mêmes machines et les mêmes logiciels.
Une aventure humaine exceptionnelle et un accélérateur de carrière incroyable.
Selon vous, quelle est la recette secrète pour bien accompagner un jeune vers l’excellence ?
C’est avant tout la relation humaine. On ne peut pas passer autant de temps avec un compétiteur sans créer un lien fort et s’attacher à son parcours. Pour réussir son coaching, il faut connaître le jeune, comprendre son environnement familial, ses proches, et identifier ce qui le fait vibrer ou ce qui le motive. C’est cette proximité qui permet de trouver les bonnes accroches pour le driver efficacement tout au long de la préparation.
Comment peut-on donner envie aux jeunes de se lancer et de concourir aux WorldSkills ?
Il faut d’abord leur montrer que c’est une aventure humaine exceptionnelle et un accélérateur de carrière incroyable. Aux WorldSkills, on ne gagne pas d’argent. Les jeunes s’investissent par pure passion, par envie de se dépasser et de porter haut les couleurs de leur métier.
Pour les intéresser, il faut casser les barrières et vulgariser nos technologies : un jeune qui commence l’impression 3D chez lui comme un hobby (en tant que « maker ») réalise vite qu’il peut en faire un métier et atteindre l’excellence. En mettant en avant des profils motivés, talentueux et épanouis, on redonne du sens à ces filières.
L’industrie offre des opportunités formidables à tous les niveaux, et pour résumer mon état d’esprit : l’industrie, c’est la vie !
Cette vidéo « Décodage », présentée par Frédéric Gonand, économiste à l’Université Paris-Dauphine et Conseiller économique à l’UIMM, analyse la résilience de l’appareil productif face aux tensions internationales. Ce décryptage confronte la répétition des chocs géopolitiques mondiaux aux réalités énergétiques européennes et aux impératifs de souveraineté industrielle.
Un choc énergétique asymétrique et localisé
L’analyse met en lumière une fracture nette entre la crise iranienne actuelle (mai 2026) et le choc subi lors de la guerre en Ukraine en 2022. Si le prix du baril de pétrole a presque doublé pour passer de 60 à 100-110 dollars, l’Europe reste cette fois-ci largement préservée d’une envolée dramatique des prix du gaz. La France se distingue particulièrement grâce à une surcapacité de production électrique qui maintient les tarifs de gros des contrats futurs autour de 53-54 €/MWh, offrant un avantage compétitif crucial par rapport à la crise précédente.
Sur le plan sectoriel, l’impact s’avère hétérogène. Les industries lourdes en amont accusent le coup de l’intensité énergétique directe, tandis que l’aval subit par ricochet le renchérissement des biens intermédiaires. Toutefois, le véritable point de vigilance se déplace de l’offre vers la demande : ce choc pétrolier comprime sévèrement la trajectoire économique des partenaires commerciaux de l’Europe et pénalise directement les secteurs orientés vers l’exportation.
Le coût macroéconomique de la conflictualité permanente
Le constat s’appuie sur une récente étude du Fonds Monétaire International (FMI) : le monde traverse une hausse tendancielle de la conflictualité, principalement portée par des crises internes ou infra-étatiques. Si un conflit militaire ampute le PIB des pays belligérants de 6 % à 10 %, le contrecoup pour leurs partenaires commerciaux est tout aussi redoutable, avec une baisse moyenne de 2 points de PIB.
Ajoutée à la guerre douanière réactivée par les États-Unis (qui ont remonté leurs droits de douane à 15 % en moyenne), cette fragmentation internationale engendre des déséquilibres majeurs sur les marchés mondiaux. La crise iranienne bloque ainsi les flux de soufre à Ormuz, asphyxiant le raffinage du cuivre en Chine et propulsant les cours à 13 500 dollars la tonne. À l’horizon 2027, l’analyse intègre également le risque théorique d’une crise à Taïwan, épicentre mondial des microprocesseurs, qui paralyserait le marché des semi-conducteurs et ébranlerait les bourses mondiales.
Repenser les politiques de souveraineté
En définitive, face au coup d’arrêt de la mondialisation commerciale, la défense de la souveraineté industrielle européenne devient impérative. L’économiste préconise une feuille de route offensive pour s’adapter à cet environnement complexe :
- Préserver les exportations industrielles vers l’Amérique latine grâce à l’application provisoire de l’accord commercial intérimaire avec le Mercosur depuis le 1er mai 2026.
- Lever les blocages de la politique de la concurrence européenne pour laisser émerger de grands fusions de champions industriels.
- Immuniser à long terme le secteur automobile contre les crises d’hydrocarbures en accélérant la transition vers les véhicules électriques.
- Garantir l’indépendance énergétique par l’atout du nucléaire et sécuriser l’actionnariat des industries européennes face à la montée des capitaux nord-américains ou asiatiques.
Le régime Cœur Industrie prévoyance – santé de la branche métallurgie intègre un Degré Élevé de Solidarité (DES). Ce dispositif propose des aides financières concrètes et des services d’accompagnement pour soutenir les salariés dans les moments clés ou les épreuves de leur vie personnelle et professionnelle.
La solidarité : une priorité de la Convention collective de la métallurgie
Dans la Convention collective nationale de la métallurgie, les partenaires sociaux ont érigé la protection sociale comme une priorité.
Pour aider les entreprises à répondre aux objectifs ainsi fixés, les partenaires sociaux ont conçu Cœur Industrie santé – prévoyance.
Ce dispositif inclut un dispositif de Degré Élevé de Solidarité (DES) conforme aux obligations fixées par la convention collective nationale. Pour les entreprises qui rejoignent Cœur Industrie, c’est donc l’assurance de respecter leurs obligations conventionnelles, tout en offrant à leurs collaborateurs un filet de sécurité inédit.
Soutenir les étapes de vie : des aides allant jusqu’à 2 000 €
Le DES s’active en complément des garanties classiques, sans surcoût pour les entreprises et leurs salariés (le dispositif est financé par une partie des cotisations au régime). Lorsqu’un imprévu de santé ou un aléa de la vie vient fragiliser l’équilibre personnel, familial ou professionnel d’un collaborateur, Cœur Industrie est présent. Le régime s’attache avant tout à apporter un soutien concret. Il propose ainsi des aides financières directes (soumises à condition de ressources) pouvant atteindre 2 000 €.
Cette enveloppe permet d’offrir une véritable bouffée d’oxygène au moment où le salarié en a le plus besoin : qu’il s’agisse de financer de premiers aménagements de santé, de sécuriser une transition professionnelle, ou de préserver l’organisation du foyer en finançant, par exemple, la garde des enfants ou le soutien scolaire.
Accompagner le quotidien : famille, parentalité et aidant
La solidarité Cœur Industrie, c’est aussi être présent pour les étapes de vie constructives mais parfois coûteuses :
- le soutien à la parentalité : pour chaque naissance ou adoption dès 2025, une aide de 750 € est versée. De plus, grâce au partenaire « Ma bonne fée », les salariés accèdent à une plateforme de services (conseils, packs d’heures de garde, soutien scolaire).
- les familles monoparentales : des aides spécifiques à la scolarité (de 300 € à 600 € selon le niveau) sont disponibles pour faciliter la rentrée scolaire.
- les salariés aidants : parce que s’occuper d’un proche demande une organisation particulière, une aide de 1 000 € peut être sollicitée pour financer du portage de repas, de l’aide à domicile ou de l’hébergement temporaire.
Prévenir pour mieux protéger : des actions collectives innovantes
Le Degré Élevé de Solidarité, c’est enfin une démarche proactive de prévention pour préserver le capital santé des collaborateurs sur le long terme :
- santé des femmes : une expérimentation dédiée à l’accompagnement des pathologies féminines (notamment l’endométriose) est déployée jusqu’à fin 2026.
- bien-être au travail : après le succès d’un test en 2025 sur la prévention des TMS (troubles musculosquelettiques), les partenaires sociaux travaillent à son déploiement définitif.
- maintien dans l’emploi : un dispositif de soutien individualisé accompagne les salariés en arrêt de longue durée pour préparer leur retour serein à l’activité professionnelle.
Des services sans surcoût
Les offres DES de Cœur Industrie évoluent régulièrement pour s’adapter aux besoins des entreprises et des salariés couverts. Afin d’en savoir plus sur les conditions, les modalités d’accès et les justificatifs à fournir, nous vous invitons à consulter le site dédié au dispositif.