Recrutement, investissement, image : comment l’industrie de la défense renforce son attractivité

Défilé du 14 juillet, salon Eurosatory historique, intérêt croissant des investisseurs… L’industrie de défense et de sécurité terrestre et aéroterrestre connaît une transformation profonde de son image. Longtemps perçue comme un secteur à part, il est aujourd’hui davantage reconnu comme un pilier de souveraineté, une industrie d’innovation et une filière créatrice d’opportunités professionnelles. Delphine Sampic, directrice corporate de la communication, et Julia Lemonnier, responsable attractivité et RSE au GICAT*, analysent cette évolution.

Observe-t-on aujourd’hui un changement de regard sur l’industrie de défense ?

Delphine Sampic : Oui, nous assistons à une évolution profonde du regard porté sur nos industries. Cette nouvelle perception est liée à une prise de conscience collective : un pays doit disposer d’une capacité industrielle solide pour garantir sa souveraineté.

Par exemple, au salon du Bourget, sur le pavillon de nos adhérents, les questions du public n’étaient plus d’ordre éthique. Elles portaient sur leurs capacités industrielles : « Sommes-nous prêts ? Avons-nous suffisamment de stocks ? Sommes-nous capables de produire davantage ? ». C’est un changement majeur.

« Eurosatory a enregistré une fréquentation historique »

Cette évolution s’est également traduite lors d’Eurosatory, qui a enregistré une fréquentation historique avec près de 60 000 visiteurs (contre 42 000 en 2024), 2 600 exposants issus de 60 pays et 440 délégations officielles. La défense est aujourd’hui davantage perçue comme une industrie utile, innovante et indispensable à la protection collective.

Cela se traduit-il aussi par un regain d’intérêt pour les métiers du secteur ?

Julia Lemonnier : Oui, et c’est un enjeu majeur pour accompagner la montée en puissance de la filière. Nos entreprises adhérentes emploient 55 000 personnes et recrutent du CAP au Bac+6 et valorisent largement les compétences transférables.

Nous constatons de nombreuses reconversions réussies, notamment de femmes issues de métiers très différents. Je pense par exemple à une ancienne professionnelle de la joaillerie qui participe désormais à l’assemblage d’équipements de haute technologie pour la défense. Des profils issus de la coiffure ou de l’esthétique trouvent également leur place dans des métiers industriels comme la soudure grâce à leur maîtrise du geste, de la précision et du travail minutieux.

Ce sont des messages que nous portons tout au long de l’année pour faire connaître la diversité des opportunités offertes par la filière.

« De nouveaux profils trouvent leur place dans nos entreprises »

À Eurosatory, la « Tente des métiers » a accueilli cette année 4 000 visiteurs, dont 3 000 étudiants et 1 000 demandeurs d’emploi mobilisés en amont. Plus de 500 entretiens de recrutement formels ont été réalisés. La défense est de plus en plus perçue comme un secteur d’opportunités pour celles et ceux qui souhaitent construire leur avenir professionnel dans l’industrie.

Cette nouvelle perception se traduit-elle aussi auprès des financeurs ?

Delphine Sampic : Les lignes évoluent rapidement. Le travail de pédagogie mené ces dernières années auprès des décideurs publics, des parlementaires et des acteurs financiers a permis de mieux faire comprendre les spécificités de notre industrie.

Cette évolution se traduit également au niveau européen, avec un changement progressif de regard dans les cadres extra-financiers, notamment autour de la taxonomie, qui devrait faciliter l’accès au financement pour nos PME et ETI.

La défense n’est plus considérée uniquement sous l’angle des risques, notamment en matière d’image. Elle est désormais reconnue comme un investissement nécessaire pour renforcer notre sécurité et notre autonomie stratégique.

« Sur le financement, les lignes évoluent rapidement »

Julia Lemonnier : Pour la première fois cette année sur Eurosatory, nous avons accueilli un pôle financier structuré réunissant banques et investisseurs. Nous avons également accompagné une trentaine de délégations d’acteurs financiers venus rencontrer directement nos industriels.

Nos entreprises démontrent aussi que performance industrielle et responsabilité vont de pair. Engagées dans des démarches RSE structurées, elles répondent aux attentes croissantes des investisseurs en matière de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Innovation, maîtrise de l’impact environnemental, développement des compétences et ancrage territorial sont autant de leviers qui renforcent aujourd’hui l’attractivité de la filière.

Delphine Sampic (Directrice corporate de la communication) et Julia Lemonnier (Responsable Attractivité et RSE) au GICAT

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