Décodage : Conflits géopolitiques, crises énergétiques et industrie

Cette vidéo « Décodage », présentée par Frédéric Gonand, économiste à l’Université Paris-Dauphine et Conseiller économique à l’UIMM, analyse la résilience de l’appareil productif face aux tensions internationales. Ce décryptage confronte la répétition des chocs géopolitiques mondiaux aux réalités énergétiques européennes et aux impératifs de souveraineté industrielle.

Un choc énergétique asymétrique et localisé

L’analyse met en lumière une fracture nette entre la crise iranienne actuelle (mai 2026) et le choc subi lors de la guerre en Ukraine en 2022. Si le prix du baril de pétrole a presque doublé pour passer de 60 à 100-110 dollars, l’Europe reste cette fois-ci largement préservée d’une envolée dramatique des prix du gaz. La France se distingue particulièrement grâce à une surcapacité de production électrique qui maintient les tarifs de gros des contrats futurs autour de 53-54 €/MWh, offrant un avantage compétitif crucial par rapport à la crise précédente.

Sur le plan sectoriel, l’impact s’avère hétérogène. Les industries lourdes en amont accusent le coup de l’intensité énergétique directe, tandis que l’aval subit par ricochet le renchérissement des biens intermédiaires. Toutefois, le véritable point de vigilance se déplace de l’offre vers la demande : ce choc pétrolier comprime sévèrement la trajectoire économique des partenaires commerciaux de l’Europe et pénalise directement les secteurs orientés vers l’exportation.

Le coût macroéconomique de la conflictualité permanente

Le constat s’appuie sur une récente étude du Fonds Monétaire International (FMI) : le monde traverse une hausse tendancielle de la conflictualité, principalement portée par des crises internes ou infra-étatiques. Si un conflit militaire ampute le PIB des pays belligérants de 6 % à 10 %, le contrecoup pour leurs partenaires commerciaux est tout aussi redoutable, avec une baisse moyenne de 2 points de PIB.

Ajoutée à la guerre douanière réactivée par les États-Unis (qui ont remonté leurs droits de douane à 15 % en moyenne), cette fragmentation internationale engendre des déséquilibres majeurs sur les marchés mondiaux. La crise iranienne bloque ainsi les flux de soufre à Ormuz, asphyxiant le raffinage du cuivre en Chine et propulsant les cours à 13 500 dollars la tonne. À l’horizon 2027, l’analyse intègre également le risque théorique d’une crise à Taïwan, épicentre mondial des microprocesseurs, qui paralyserait le marché des semi-conducteurs et ébranlerait les bourses mondiales.

Repenser les politiques de souveraineté

En définitive, face au coup d’arrêt de la mondialisation commerciale, la défense de la souveraineté industrielle européenne devient impérative. L’économiste préconise une feuille de route offensive pour s’adapter à cet environnement complexe :

  • Préserver les exportations industrielles vers l’Amérique latine grâce à l’application provisoire de l’accord commercial intérimaire avec le Mercosur depuis le 1er mai 2026.
  • Lever les blocages de la politique de la concurrence européenne pour laisser émerger de grands fusions de champions industriels.
  • Immuniser à long terme le secteur automobile contre les crises d’hydrocarbures en accélérant la transition vers les véhicules électriques.
  • Garantir l’indépendance énergétique par l’atout du nucléaire et sécuriser l’actionnariat des industries européennes face à la montée des capitaux nord-américains ou asiatiques.

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