Cette vidéo « Décodage », présentée par Frédéric Gonand, économiste à l’Université Paris-Dauphine et Conseiller économique à l’UIMM, analyse les perspectives de l’hydrogène décarboné pour l’industrie française. Ce décryptage confronte le volontarisme des pouvoirs publics aux réalités économiques d’un marché qui peine encore à trouver son équilibre opérationnel.
L’hydrogène est-il le levier de compétitivité annoncé ?
L’analyse met en lumière un paradoxe majeur : si l’hydrogène décarboné est un atout théorique indéniable pour la transition écologique, sa viabilité économique reste suspendue. Malgré les annonces politiques ambitieuses de février 2026, les coûts de production demeurent 5 à 10 fois supérieurs à ceux du gaz naturel, freinant ainsi les investissements massifs des industriels énergointensifs.
Sur le plan technique et logistique, le secteur fait face à des obstacles structurels. Contrairement aux prévisions du début de la décennie, les coûts des électrolyseurs n’ont pas chuté, et les contraintes de transport — l’hydrogène étant dix fois moins dense énergétiquement que le méthane — limitent pour l’instant son usage à des circuits très courts ou directement sur site.
En définitive, le basculement de l’industrie lourde, notamment la sidérurgie, vers l’hydrogène est retardé par l’abondance d’un gaz naturel relativement bon marché. Tant que la demande ne sera pas au rendez-vous pour générer des économies d’échelle, l’hydrogène restera un secteur en attente de maturité. L’enjeu pour l’Europe n’est plus seulement technologique, mais réside dans la création d’un modèle d’affaires capable de concurrencer les énergies fossiles à court terme.